Barbara Bonvin

La Grande Mue 2017

Le travail actuel de Barbara Bonvin se concentre sur l’usage de ses toiles, en les utilisant comme matrices d’impression : en les enfumant, en les brûlant, ou en les enduisant d’encre. La toile transformée, rendue méconnaissable, se mue en gravure,«autre côté du miroir», projection inversée de l’objet initial. L’artiste s’approprie différemment l’espace et relit ses toiles. Simultanément l’encre devient une nouvelle matière d’exploration.

Les toiles connaissent ainsi plusieurs vies. Après avoir été le support du travail en couches (pigments, huile, tempera, bitume, etc.), elles deviennent matrices par le feu, l’encre et la mise sous presse, et finissent en oripeaux, produits de cette transformation. Emblème de ce chemin, le Montsuki (manteau frappé du blason d’un samouraï) : l’artiste, en cousant deux toiles pour en faire un vêtement symbolique avant de l’imprimer et de déposer ainsi son habit, témoigne de la dimension à la fois guerrière et exigeante de sa démarche.

L’ensemble de ce travail est sous-tendu par la question des cycles et des tranches du temps, l’intérêt de Barbara Bonvin allant davantage à la trace qu’à l’inscription. Cela la mène à s’intéresser à la dendrochronologie (datation du bois par analyse des anneaux de croissances ou cernes). Par un procédé similaire à celui qu’elle administre à ses toiles, elle enduit d’encre bois et écorces, des matériaux bruts qui portent en eux les traces d’un temps passé, avant de les imprimer.

Si la question de la trace est au cœur de son travail, celle de la transformation ne l’est pas moins. La gravure devient une lecture des matières à un moment donné, mais rien n’est jamais définitif. Le feu, qui est tout à la fois un médium et un thème, la conduit à explorer le champ de ce qui se transmue. Elle se laisse inspirer par l’image du phœnix : les estampes naissent des cendres des peintures. Ainsi, le sens de sa recherche n’est pas celui de la destruction, mais celui de sa relecture, donnant ainsi vie à une nouvelle dimension, éclaircie, épurée. La démarche s’inscrit dans une quête quasi alchimique, visant à aller à l’essence de la matière par sa représentation.

Ivana R. Turrel 2017

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