Claire Nicole

Claire Nicole est de ces artistes dont la quête ardente est une navigation au long cours, toute d’intériorité, de concentration et d’inlassable ténacité. Commenter l’état du monde ou dénoncer les dérives de la société contemporaine ne font pas partie de son engagement d’artiste. Ni les modes et courants du moment, ni l’actualité du jour, ni même la géographie des lieux qui l’entourent n’ont de prise sur elle. Elle avance, elle tient son cap. Mais pas de marche à l’étoile pour autant, elle ne connaît pas son itinéraire à l’avance, ne prémédite rien et reste aussi poreuse aux impressions et au émois qui lui arrivent du dehors qu’à ceux qui montent du dedans. Ses avancées tiennent d’une errance obstinée et féconde nourrie de poésie, de musique et d’émotions sur nature. Sa voie est balisée de contraintes qu’elle se donne à elle-même comme garde-fou autant que comme aiguillon vers des solutions inédites. Et elle est portée par un amour gourmand du « faire » comme laboratoire de l’oeuvre et comme rituel exploratoire, poétique et métaphysique.

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« Le lieu, la lumière, les saisons n’ont aucune influence sur moi. Je m’abstrais du réel. Mais on n’invente rien, on met en forme différemment ». Si le paysage ne l’inspire jamais directement, et si sa porte d’atelier reste close, la nature ne l’habite pas moins au plus profond. Elle ne cesse d’aller cueillir et engranger ses impressions et émotions sur nature. La marche, l’observation, l’imprégnation du monde d’ici et d’ailleurs fécondent puissamment son regard, sa réflexion et son geste, non pas tant comme une succession de formes et de mouvements à reproduire, que comme un état d’esprit, une méditation suspendue, une quête de fusion poétique avec le monde.

Françoise Jaunin

Extraits tirés de « Les corps d’ombre de Claire Nicole », in Le Cahier dessiné n° 8, avril 2013, Paris

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