Marie-Chantal Collaud

J’aime questionner les éléments fondamentaux du destin de l’homme : la vie, la mort, l’amour et le détachement. Ce qui m’anime, en particulier, c’est de révéler la beauté de la nature (les terres brûlées, le sud) en utilisant des « riens » qui ne sont pas seulement réanimés mais qui, grâce à mon travail, réussissent a gagner une nouvelle vie, c’est-à-dire une vie qui surpasse celle pour laquelle ces fragments métalliques, galets, bois flottés (tous modifiés par le temps) ont été originalement créés. De ce glanage, par un assemblage inattendu, j’invite le public à regarder le monde avec d’autres grilles de lecture.

La première dimension de mon travail est associée à des rencontres. Il s’agit, au gré de mes déplacements et de mes voyages, de collecter les fragments d’objets abandonnés qui, chacun pris individuellement et hors de tout contexte, ne portent que peu de sens et ne présentent guère d’intérêt.

S’impose alors à moi, la nécessité de recueillir ces découvertes qui sont comme des trésors. Enfant, déjà, j’ adorais explorer les décharges. Pour moi, la beauté se niche très souvent dans ces « riens » abandonnés. Et mon travail sera de les révéler au public en cherchant à modifier leur perception.

A l’atelier, c’est le choix du matériau qui m’inspire. Il agit comme un déclencheur d’imagination. Sa forme, et surtout sa texture, m’invitent au travail. La forme, décomposée par la fragmentation, peut devenir méconnaissable tout en gardant ses éléments géométriques de base.

Mon travail veut échapper aux regards qui classent, étiquettent et nomment.

Mes sculptures invitent à des lectures diversifiées. Elles déçoivent la certitude des noms. Elles appartiennent aux choses sans utilité ni fonction. Le regard d’autrui peut leur attacher librement un sens possible tout en sachant qu’il ne pourra être ni complet ni tout à fait satisfaisant.

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