Matthieu Gafsou (1981, CH) vit et travaille à Lausanne. Suite à une formation universitaire (master en histoire et esthétique du cinéma, philosophie et littérature), il a étudié la photographie à l’Ecole d’arts appliqués de Vevey (2006-2008). Il participe depuis 2006 à de nombreuses expositions collectives et personnelles en Europe et aux Etats-Unis. Il a reçu en 2009 le prix de la Fondation HSBC pour la photographie et figure dans l'exposition reGeneration2, organisée par le musée de l'Elysée et qui présente les photographes de demain du monde entier. Il a publié «Surfaces», chez Actes Sud en 2009.
Le paysage est lié au corps: on se promène quelque part à travers le monde et, d’un moment à l’autre, sans médiation apparente préalable, le réel surgit avec force, devient image. Le paysage – où que l’on soit – dépayse. Devant le paysage, nous ne sommes plus situés, nous ne sommes plus quelque part. Le paysage s’impose à travers une surexposition, une attention sans fin.
Les images de Matthieu Gafsou nous livrent sans cesse cet instant où l’image advient. Elles ne sont pas – du moins prioritairement – thématiques. Elles n’identifient pas une réalité déjà cataloguée, figée. Elles montrent, au contraire, un état antérieur au concept, à ce qui dans le langage correspondra à «la maison», à «la rue», à «la terre», au «ciel». Elles restent à la surface, là où, sur un plan scopique et phénoménal, tout se joue dès que le regard rencontre le monde (…).
Au lieu de dégager les lignes de force d’une approche ‘sociologique’, qui a évidemment laissé des traces dans ces prises de vue – des catégories à la mode comme la friche, le postmoderne, le spectacle, l’inachevé, le virtuel et ainsi de suite viennent subitement à l’esprit – il paraît préférable de s’arrêter au drame temporel qu’elles exposent avec violence. Une violence blanchâtre, presque incolore, mais d’autant plus efficace. C’est la pointe acérée d’un spectacle tragique qui perce ici, celle d’un présent qui n’aura pas lieu. L’image capte ce présent inexistant, ce manque inscrit dans tout ce qui se montre dans la lumière éclatante.
Rien n’est vraiment à sa place dans cet univers, et ce qui semble achevé ne l’est pas du tout. L’élan, le projet, le progrès sont toujours interrompus, arrêtés. L’envolée architecturale se termine dans d’imposants gestes creux. L’œil de Matthieu Gafsou est à cet égard, il faut le souligner, d’une très grande cruauté. C’est un œil antonionien, empreint d’attention et de tension. Un regard qui recherche partout l’état transitoire qui perdure, le monde en tant que «bric-à-brac”.
(Michael Jakob)



