Youri Messen-Jaschin

Hasard ou nécessité, cette vie haute en couleurs passée dans le Op Art? Le pur hasard, avoue-t-il sans sourciller: «À la fin des années 1960, j’étais à Göteborg, à la Högskolan för design och Konsthandwerk. Il se déroulait dans cette ville une expo d’art cinétique à laquelle participaient les Vénézuéliens Jesús Soto (aujourd’hui décédé), Carlos Cruz-Diez et l’Argentin Julio Le Parc. Indécis, j’hésitais encore entre la voie abstraite – qui ne m’apportait pas grand-chose – ou le figuratif. Mais en visitant cette exposition, j’ai tout de suite su que j’allais faire ça toute ma vie. J’ai alors abordé Soto qui m’a appris quelques « trucs » en quinze jours. J’ai ensuite poursuivi mes recherches dans mon atelier suédois tout en lui soumettant régulièrement mes croquis et dessins. Après six mois, il m’a dit que je pouvais me lancer. J’étais désormais convaincu que le Op Art était le futur de l’art.» Créer du mouvement avec la couleur, c’est donc devenu une nécessité.
Dans le duplex de Valmont, à Lausanne, les nombreuses toiles achevées ou en cours de réalisation, attendent que le visiteur les mette à son tour en mouvement. A condition qu’il y entre frontalement, que ses yeux prennent attentivement l’image et que le cerveau s’en illusionne. Expérience faite, c’est impossible d’y résister même si certaines d’entre elles ont un pouvoir déstabilisant. Elles nous en font voir de toutes les couleurs
C’est un art vivant, interactif et, plaisir suprême, totalement dépendant de l’humeur. Le travail de Youri me plait particulièrement parce que son art est incapable de frigidité. Chaque rencontre est susceptible de provoquer de nouvelle(s) jouissance(s). Un sacré soufflet au figuratif où la messe est souvent dite au premier contact. Heureusement que la Suède lui a fait renoncer à emprunter la route de la facilité.
Il me reste à souligner que ce choix artistique a, dès le début, porté chance à Youri Messen-Jaschin qui vit de sa créativité – que des pièces uniques! – grâce à la passion et la fidélité de collectionneurs des cinq continents. Certains le suivent depuis le début et d’autres n’hésitent pas à venir le voir à l’œuvre depuis le Japon. L’évocation de cette réussite vaut bien que son visage prenne quelques couleurs de satisfaction. Une notoriété méritée et déjà reconnue dans les pages « Culture » du tout premier numéro de L’Hebdo du… 11 septembre 1981.
Pour sûr que l’on va encore entendre parler du monsieur. Notamment avec sa nouvelle passion pour d’étonnantes sculptures en plexi et verre – et colorées comme il se doit – aux pouvoirs résolument hypnotiques. 
(Critique d’art – Laurent Delaloye)

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