Isabelle Ardevol (IZA)

Le Covid a été pour moi comme un catalyseur, comme un électrochoc. Pour oublier la solitude, pour oublier la peur, j’ai plongé dans la sculpture. Bien sûr j’ai toujours sculpté, mais il y avait toujours en leitmotiv le traintrain de l’habitude, il faut gagner sa vie, vivre en société, faire tout ce qu’il « faut faire ». Et puis, avec ce satané virus, j’avais 2 options, rester chez moi, seule, et ça, ça me semblait dangereux pour ma santé émotionnelle, ou descendre à l’atelier, oublier tout le reste et plonger, oser ce qui mûrissait depuis longtemps : briser le marbre pour le sublimer. Depuis longtemps une thématique me turlupinait : comment mettre en scène les limites de nos systèmes intérieurs, comment mettre en scène l’impact de l’être humain sur la planète et le mal-être de notre société. Car ce virus, et surtout le confinement, nous a montré à chacun les limites de nos systèmes personnels, ce sans quoi il était facile de vivre (pas fait de shopping pendant des mois, et alors !) et ce sans quoi il était impossible de vivre vraiment (pas serré dans mes bras un autre être humain pendant des mois, quel manque !). Il nous a aussi montré combien la nature avait besoin de reprendre ses droits quand nous les humains levions le pied (vous souvenez-vous de combien les oiseaux chantaient fort ? combien les étoiles étaient brillantes ?).

Pour exprimer cela, j’avais besoin d’un concept: En mettant face à face, ou plutôt en imbriquant, des marbres brisés (destructurés suivant la façon dont se fissure la terre du fait de la sécheresse) avec des émotions humaines, j’exprime ce mal-être de notre société. Ne vous inquiétez pas, je ne brise pas de belles plaques de marbre, j’utilise ce qu’on appelle des chutes, que j’achète chez des marbriers de la région. Ces chutes n’ont plus vraiment de raison d’être, ce sont des restes, elles partiront un jour à la benne. Pourtant, elles sont si belles ! En les brisant, en les sublimant, je leur donne du sens et je remets aussi en question notre société de surconsommation. Sans notre planète, ne l’oublions pas, nous les humains n’existons pas !

Ma matière de prédilection est le marbre. Il y a comme une affinité entre nous. Mais le respect du matériau est une notion importante pour moi. Pour chaque projet il y a le matériau adéquat, et le matériau adéquat, ce n’est pas toujours le marbre. C’est pourquoi, même si j’y reviens toujours, je travaille aussi l’argile, les résines, etc.

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