Robert Ireland

 

 

Je m’étonne quelque peu et à chaque fois que j’y pense à ce Gai Savoir que j’ai instauré contre toute attente. Dans l’espace purement créatif, j’entends. Une forme dionysiaque d’expansion ? Je n’ai jamais su me mettre en réserve et arborer la retenue du faire. Stratégie contestable face à la vision monothéiste et artisanale à la fois qui perdure encore face à l’artiste et à ce qu’on attend de lui : un personnage borné qui insiste dans sa voie. Je me sens à l’opposé et à l’encontre de cette attitude. Si le résultat de ma créativité peut paraître brouillon, c’est qu’il s’agit bien de brouillon : des tentatives d’expansion et d’annexion de l’espace qui m’échappe, une prise de risque constante face au désir de me retrouver déstabilisé et, alors, de voir comment je vais m’en sortir, ou encore le génie du rebondissement.

Dans le terme de brouillon, il y a aussi celui du brouillage ou du brouillard. Je reconnais là aisément une dimension qui m’est propre : l’inévidence. Je n’apprécie guère l’aspect obscène des images culturelles. Il me plaît que l’image ne se révèle pas d’un seul coup mais que ce soit ses diverses couches ou plateaux qui se laissent percer et que ce soit leur agencement qui articule des multiplicités plutôt qu’une plate unicité du visible. Car si le visible est l’apanage de l’image, cette dernière n’a d’intérêt que si elle dépasse l’ustensile de la vision pour se glisser dans l’idéel.

 

Robert Ireland ; « Le Gai Savoir » ; 20 novembre 2007

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