Vincent Moreau

« Faut voir ce que ça donne ! » aime toujours à dire Vincent Moreau au fil de son chemin de recherche dont témoignent ses séries, explorations matérielles et formelles, inséparablement, autour d’esquisses préalables sur le motif, dont il ne reste plus que l’essentiel. Une vraie ascèse en noir et blanc, sans plus rien qui pose ou qui pèse, ni jolie rhétorique, ni confortable ou rassurante représentation décorative. Juste les griffures de la gravure ; la densité nuancée des encres qui informe, structure sous nos yeux le jaillissement du phénomène, comme un cri. L’essentiel ? Précisément, la révélation de ce que ça donne à voir, la violence de la donation du visible, « ce qui manque d’une appellation » selon P. Valéry : le surgissement de l’intense présence qui porte le motif. Le déferlement plus que la vague ; l’irrésistible avancée, plus que le navire ; l’élan de l’étreinte, plus que le détail des traits des amants ; la force concentrée de la lecture, plutôt que le visage du lecteur ; le mouvement de la chevelure, plutôt que la coiffure …
Il faut effectivement cette ascèse de la représentation, à laquelle nous convie Vincent Moreau, pour en revenir à l’essentiel, l’émotion de la vision, contre la reconnaissance léthargique des formes établies.

Serge Le Diraison 2020

Toujours en recherche, mon cheminement est une perpétuelle exploration inquiète de l’univers des formes et des matières (jamais satisfaite dans une suffisance égotiste). Je travaille la symbolique, je recherche le poétique. Je cherche à voir, et à donner à voir. Je recherche à créer une tension entre la fragilité du support papier et la vulnérabilité des êtres. Tant de choses restent à explorer. Je voudrais tendre vers le non-fini, l’inachevé ou l’inachevable, le plus délicat dans le travail de l’artiste est de déterminer quand il doit s’arrêter. C’est une quête qui dure, qui fonde ma sensibilité. Dans tout art, il y a une phase d’apprentissage, et j’ai toujours l’impression d’y être. Je deviens un artiste très lentement, c’est un essai, le cheminement est une errance.

Vincent Moreau

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