Isabelle Ardevol

Je suis sculpteure sur pierre, une des rares femmes à oser affronter le marbre dans un corps à corps avec la pierre.
Après des études aux Beaux-Arts à Paris, j’ai longtemps vécu à Barcelone
puis je me suis installée à Lausanne en 2010.

Je taille mes sculptures dans des pierres réutilisées: d’anciennes pierres tombales, des blocs dits «de rebut» car fissurés ou juste des pierres oubliées. La veinure de ces marbres et albâtres m’obsède, tout comme l’émotion, le besoin de donner un sens à mon œuvre.
Je revendique la beauté de ces pierres, je revendique qu’elles sont même encore plus belles d’avoir une 2ème vie! C’est plus qu’une revendication esthétique, c’est une revendication sociétale car j’y allie l’aspect environnemental.
Je ne suis pas à la recherche juste d’une sculpture, je suis à la recherche de la symbiose entre sculpture et pierre. Je cherche à ce que mon rêve sublime la pierre et à ce que la pierre à son tour sublime le rêve et non à imposer mon rêve à une quelconque pierre.
Je travaille sans relâche pour comprendre ce que je suis, ce que nous sommes, comment toutes les facettes qui font de chacun un être unique et particulier s’imbriquent et évoluent. C’est un travail que je pourrais qualifier tout autant de philosophique qu’artistique.

La veinure du marbre est l’une de mes obsessions, une autre est c’est l’émotion que j’exprime à travers cette sculpture. C’est ce besoin de lui donner un sens. C’est comme si la sculpture était pour moi un autre langage, un outil me permettant d’appréhender le monde.
J’interroge sur ma place en tant que femme, dans cette société et sur cette planète. J’interroge sur les limites de nos systèmes intérieurs, sur les interactions entre l’impact de l’être humain sur la planète et le mal-être de notre société. Le tout avec un réel souci de mon impact environnemental.

A mon sens ma sculpture est un compromis entre l’abstrait et le figuratif, entre la tradition et la modernité, entre un presque académisme du réalisme et la modernité de l’émotion… Mais en y réfléchissant mieux, je crois que plus que d’un compromis, ma sculpture parle avant tout de dualité. Car pour moi la dualité est l’une des caractéristiques de l’être humain, le beau parfait comme le mal absolu n’existent pas, le noir sans le blanc ne serait rien, le rire sans les larmes n’aurait aucune valeur, et je suis à la recherche d’un équilibre entre toutes ces notions, un équilibre fragile, bien sûr, mais un équilibre vital.
Je sculpte principalement le marbre et l’albâtre, sans oublier la terre, le bronze, les résines. Et puis, il y a la photo, les performances…
—–
Oser, être vraie et sans regrets,
Oser être femme et pourtant puissante,
Oser être pierre et toujours sensible.
Oser le Sacrilège ultime…
Oser briser le marbre pour en faire jaillir l’émotion.
——–

Informations