De même qu’il est impossible de revenir exactement au même moment ou au même endroit, le temps et l’espace sont en perpétuelle transformation. Cette idée traverse le travail de Middelmann, qui explore les notions de mémoire, de perception, de géographie et de migration. Son œuvre se distingue par un équilibre subtil entre fragilité et résistance : des pigments tracés sur du papier ou de la gaze, des fils cousus à la main sur une gaze presque transparente. Ses créations prennent la forme d’installations monumentales et de pièces plus intimes.
La cartographie, élément central de sa démarche, se décline sous diverses formes. Middelmann coud, découpe, transcrit, dessine et réinvente des territoires mouvants, des espaces en constante évolution à partir de cartes historiques ou de cartes imaginées. Là où la cartographie scientifique cherche à délimiter des frontières et des territoires fixes, elle oppose l’idée d’impermanence, créant ainsi un contraste entre les certitudes géographiques et l’instabilité du monde. La limite entre le réel et l’imaginaire s’efface.
Formée à l’écriture créative et à l’édition, les mots deviennent pour elle des formes, des matières et des textures, se métamorphosant en une autre forme de marquage, presque tangible, qui témoigne du passage du temps. Depuis 2023, elle travaille notamment à partir de 200 lettres écrites par Hélène Rigal, épouse de Jean Rigal, un ingénieur colonial français. Ces lettres, adressées à ses jeunes enfants restés en France, témoignent de la séparation, de la migration et d’une histoire de vie oubliée. Ces œuvres sur textile ont été présentées lors de l’exposition Rivolta Femminile au Musée d’Art de Trapani (Italie) en septembre 2025, un projet soutenu par le service de la culture de la Ville de Lausanne. Cette exposition sera également présentée au Musée d’Art Contemporain de Palerme en 2026.
Son intérêt pour la mémoire s’étend également au champ scientifique, et plus particulièrement aux neurosciences. Elle collabore avec des chercheurs en Suisse et aux États-Unis afin d’explorer les mécanismes de la perception et de la mémoire, ainsi que les effets de la pratique artistique sur le cerveau. En 2021, elle effectue une résidence au laboratoire de neurosciences de l’Université de Lausanne (UNIL), suivie d’une résidence au Musée Jenisch. De ces recherches naît une œuvre monumentale sur gaze de 25 mètres, exposée depuis dans plusieurs musées en Suisse et en Europe.
Toujours animée par le désir de repousser les frontières de sa pratique artistique et d’approfondir sa réflexion sur l’impermanence, elle présentera, au printemps 2026, une exposition de chimigrammes imprimés sur coton monumentaux au Cabanon – UNIL. Ces œuvres interrogent la matérialité du souvenir, tout en explorant les processus alchimiques du changement et de la dégradation.
Depuis 2018, Middelmann participe à de nombreuses expositions muséales et institutionnelles en Suisse, en Europe et aux États-Unis. Son travail, notamment remarqué par M. Hartung (ancien conservateur du MoMA), figure dans de nombreuses collections publiques et privées.